Le sous-compteur électrique mesure la consommation d’un circuit, d’une zone ou d’un équipement distinct du compteur principal. Son installation semble logique dès qu’on veut répartir des charges ou suivre un poste énergivore. Le cadre réglementaire français distingue pourtant nettement les situations où ce dispositif est imposé par la loi de celles où il expose à un risque juridique réel, notamment en matière de refacturation.
Refacturation par sous-compteur en bail d’habitation : un terrain juridique miné
La plupart des articles traitent le sous-compteur comme un outil neutre de suivi. La jurisprudence raconte une autre histoire. Depuis 2013, et de façon confirmée en 2017, les tribunaux français considèrent que refacturer l’électricité au réel via un sous-compteur en bail d’habitation est juridiquement très encadré, voire illicite dans de nombreux cas.
Le problème tient à la qualification juridique de l’opération. Si le propriétaire facture au locataire un montant indexé sur la consommation relevée par le sous-compteur, le juge peut requalifier cette pratique en revente déguisée d’électricité. La consommation d’électricité du logement lui-même ne figure pas dans la liste des charges récupérables en bail d’habitation classique.
La seule voie sécurisée repose sur un montage fondé sur l’indemnité, avec preuve des coûts réels et absence totale de marge. En pratique, peu de bailleurs particuliers maîtrisent ce cadre. Un sous-compteur installé pour répartir les charges entre colocataires ou entre un logement principal et une dépendance louée peut donc se retourner contre le propriétaire en cas de litige.

Sous-compteurs obligatoires : bâtiments tertiaires et bornes IRVE
Les obligations légales concernent principalement deux périmètres bien définis.
Bâtiments tertiaires et décret tertiaire
Le cadre réglementaire européen, issu de la directive 2012/27/UE sur l’efficacité énergétique (puis de sa mise à jour 2018/2002), impose aux États membres de mettre en place des dispositifs de comptage et de sous-comptage dans les bâtiments à forte consommation. En France, le décret tertiaire traduit cette exigence pour les bâtiments à usage tertiaire dépassant un certain seuil de surface.
Le sous-comptage par usage (chauffage, éclairage, climatisation, process) y devient un levier réglementaire pour atteindre les objectifs de réduction des consommations d’énergie. Pour les entreprises et collectivités concernées, le sous-comptage énergétique est une obligation réglementaire, pas une option. Le non-respect expose à des sanctions administratives.
Copropriétés avec bornes de recharge IRVE
L’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques en copropriété crée une situation particulière. Chaque utilisateur consomme de l’électricité sur les parties communes, et cette consommation doit être mesurée individuellement pour donner lieu à une facturation conforme.
La législation française impose ici l’utilisation d’un sous-compteur certifié MID (directive 2014/32/EU) pour toute mesure donnant lieu à une transaction commerciale. Un compteur non certifié MID ne peut pas servir de base légale à une refacturation. Les risques ne sont pas théoriques : une mesure non conforme expose le syndic ou l’opérateur à des contestations juridiques et financières.
- Toute borne IRVE en copropriété alimentée par les parties communes nécessite un sous-compteur MID individuel par point de charge.
- La certification MID garantit une précision de mesure encadrée et une traçabilité vérifiable en cas de litige.
- Un sous-compteur générique (non certifié) installé sur une borne IRVE ne protège pas juridiquement celui qui refacture.
Sous-compteur et compteur Linky : complémentarité ou doublon
Le déploiement du compteur Linky a modifié la donne pour les particuliers. Linky permet déjà un suivi de la consommation globale avec une granularité horaire, accessible via l’espace client Enedis. Pour un logement standard avec un seul occupant, un sous-compteur fait souvent doublon avec les données Linky.
Le sous-compteur conserve son utilité quand on veut isoler un circuit précis que Linky ne distingue pas : une pompe à chaleur, un chauffe-eau, un atelier, une dépendance. En revanche, pour un simple suivi global de la consommation, l’investissement (matériel plus pose éventuelle par un électricien) n’apporte pas de valeur ajoutée par rapport aux relevés Linky.
Cas où le sous-compteur est déconseillé : au-delà du cadre juridique
Les retours terrain divergent sur certains usages courants, mais plusieurs situations font consensus parmi les professionnels du droit immobilier et de l’installation électrique.
- En bail d’habitation classique pour refacturer l’électricité au locataire : le risque de requalification en revente illicite est documenté depuis plus de dix ans.
- En copropriété sans borne IRVE ni local professionnel, pour un simple suivi de consommation individuelle : Linky remplit déjà cette fonction.
- Lorsque le tableau électrique ne dispose pas de place sur le rail DIN ou que le câblage existant ne permet pas un raccordement propre : une installation forcée peut créer des problèmes de conformité aux normes électriques.
- Pour facturer un locataire saisonnier sans contrat d’énergie individuel, sauf si le montage juridique a été validé en amont (le cadre de la location saisonnière offre un peu plus de souplesse, mais il reste encadré).

Certification MID et précision de mesure : ce que le sous-compteur doit garantir
Un point souvent négligé concerne la différence entre un sous-compteur générique vendu quelques dizaines d’euros et un modèle certifié MID. Seul un sous-compteur certifié MID est recevable pour toute mesure servant de base à une facturation. Cette certification européenne encadre la précision, la sécurité et la traçabilité du dispositif.
Les sous-compteurs non certifiés restent parfaitement adaptés à un usage de suivi interne (monitorer la consommation d’un atelier, comparer deux périodes de chauffage). Ils ne peuvent pas servir de preuve en cas de désaccord entre un bailleur et un locataire, ni entre un syndic et un copropriétaire.
La distinction entre usage interne et usage transactionnel détermine le type de sous-compteur à installer. Un sous-compteur bon marché sans certification MID suffit pour le suivi personnel, mais toute logique de refacturation exige un modèle conforme à la directive 2014/32/EU. Confondre les deux usages reste la source la plus fréquente de litiges techniques et juridiques autour des sous-compteurs en France.

